Que le Contract Management et le Risk Management soient des métiers différents me semblait une évidence, jusqu’à ce que je constate récemment que, de plus en plus souvent, ces métiers sont considérés comme tellement proches qu’ils seraient solubles l’un dans l’autre.
Le Contract Manager serait aussi Risk Manager, ou inversement.
Or, cet amalgame ne sert ni la profession du Contract Management ni celle du Risk Management.
Rappelons-le, le Contract Manager est tout d’abord l’expert du Contrat, de ses failles et de ses mécanismes, ce qui le rend légitime et efficace pour piloter le contrat dans ses aspects administratifs et financiers, et parfois stratégiques. Il alerte les autres acteurs sur leurs obligations contractuelles et les conseille sur la gestion des écarts au Contrat. Il les aide à gérer la conformité avec les règles du jeu exprimées dans le Contrat, ou à rédiger les Contrats de manière à ce que le service ou le produit acheté soit réalisé conformément à leurs attentes.
Le Risk Manager quant à lui est avant tout l’expert de la gestion de l’incertitude, il maîtrise les notions de probabilité et de statistiques ainsi que les processus d’identification et de traitement des risques. Il éveille les autres acteurs aux menaces et opportunités internes comme externes, les forçant à anticiper. Il impulse des processus itératifs et collaboratifs d’anticipation des problèmes dans tous les domaines du projet sur la base des savoirs spécifiques et des retours d’expérience.
Ce sont donc des compétences de base différentes, et assimiler Risk Management et Contract Management relève d’une méconnaissance de ces deux disciplines.
Des fonctions exercées souvent par la même personne
Certes, parfois ces fonctions sont exercées par la même personne.
Par exemple, à l’échelle de ma propre petite société de conseil, Risk Management et Contract Management sont des processus cognitifs internalisés qui ne nécessitent que rarement l’utilisation d’outils spécifiques (des checklists, un petit planning, une analyse SWOT rapide en cas de choix stratégique etc.), et encore moins l’intervention de personnes dédiées pour les mettre en œuvre.
De même, la plupart des chefs de projet qui gèrent des projets de taille moyenne doivent assumer ces fonctions personnellement, au même titre que la gestion du planning, de la qualité et des budgets à l’échelle de leur périmètre de responsabilité.
Mais à l’échelle d’un grand projet ou d’une plus grande entreprise, nous avons besoin de personnes spécialisées ou d’outils et de méthodes spécifiques pour l’ensemble de ces fonctions, pour nous aider à gérer la complexité accrue et à analyser le volume important de paramètres à prendre en compte.
Contract Management et Risk Management, l’affaire de tous
Je soutiens depuis le début des années 2000 que le Contract Manager doit se former au Risk Management et le pratiquer, et que cet aspect doit être intégré aux formations en Contract Management.
Mais ces formations ne font pas de lui un Risk Manager.
Le Contract Manager n’est qu’un utilisateur parmi d’autres du processus de Risk Management qui est disponible et utile pour tous. Ce dispositif puissant amplifie l’efficacité de l’action du Contract Manager comme de tous les autres acteurs des projets et des entreprises, en provoquant l’anticipation.
Par exemple, quel concepteur n’intègre pas le Risk Management dans son processus de travail ? Le Risk Management est d’ailleurs longtemps resté dans le domaine de la technique, pour garantir des niveaux de sûreté et de fiabilité aux ouvrages ou systèmes concernés.
Ce même concepteur devrait également être suffisamment rompu au Contract Management pour que sa production soit conforme aux obligations contractuelles. Les professionnels de ma génération ont tous entendu un jour un consultant anglais partir dans un grand éclat de rire pour expliquer que faire mieux techniquement par rapport au Contrat peut mettre en danger l’acceptation contractuelle de l’objet du Contrat. « Why did you design a Rolls Royce when your Contract only specified a Deux Chevaux ? »
De même, un planificateur de projet peut-il correctement construire son planning s’il ignore les obligations contractuelles et les risques du projet ? En termes de Risk Management , je dirais que la probabilité d’un retard aux conséquences graves serait maximale, et le risque inacceptable.
A leur niveau, ces personnes pratiquent à la fois le Contract Management et le Risk Management , plus ou moins consciemment, en étant plus ou moins formés, en tant qu’utilisateurs des concepts de base et non en tant que spécialistes.
Que faire en l’absence de Risk Management ou de Risk Manager ?
Le Risk Management est une discipline à part entière qui s’inscrit plus largement dans l’exercice appelé Project Control , ou contrôle de projet, au même titre que la planification et le suivi d’avancement, le reporting ou le contrôle budgétaire. On parle aujourd’hui de PMO ( Projet Management Office ).
Or, dans certains secteurs, le Risk Management comme discipline de gestion de projet est encore mal connu. C’est alors que peut intervenir le Contract Manager , qui a été formé au Risk Management , pour impulser une dynamique d’anticipation.
Mais restons humbles et ne nous improvisons pas Risk Managers au risque de négliger notre spécialité : l’expertise contractuelle.
🖋️ Emmanuelle Becker Paul est ingénieure, elle a travaillé en entreprise puis en établissement public de 1991 à 2013. Consultante depuis, spécialisée en analyse contractuelle, gestion de projet et analyse de retard, elle intervient désormais principalement dans des rôles de tiers neutres comme experte (arbitrage international et judiciaire) ou conciliatrice (Dispute avoidance and adjudication boards). Contact : ebecker@becker-conseils.fr