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Deux exemples d’opportunités

Deux exemples d’opportunités

Pour mon premier exemple, tout commençait pourtant mal. Un fournisseur imposé, sans prix, qui se savait incontournable. Résultat ? Pas facile d’améliorer les finances du projet.

Mais également une formidable source d’opportunité !

Alors oui, on a souffert, ce n’était pas facile, le chemin était semé d’embûches.

Je vous raconte.

Le projet : une infrastructure de production d’électricité.

Le budget : 65 M€.

L’équipement : l’équivalent du tableau électrique que l’on retrouve dans un appartement, mais en version plus « musclée » : 9 M€ environ.

Un fournisseur imposé par qui ? Par nos collègues précédents qui ont permis de remporter l’affaire, de signer le contrat, et accessoirement de me donner du boulot en tant que consultant…

Pourquoi imposer le fournisseur ? Car il y a une connexion avec un équipement plus ancien, fourni précédemment par cette même entreprise.

Vous l’avez compris, le risque d’endommager l’existant a été couvert par la sélection du fournisseur historique.

Or, les finances du projet sont assez tendues. Avec le directeur des Achats, nous consultons tout de même plusieurs fournisseurs. Cela devait permettre une mise en concurrence conduisant au meilleur prix selon la spécification détaillée consécutive à nos études.

Là, surprise : de toutes les entreprises approchées, notre « sous-traitant partenaire » est de loin le plus cher.

Germe alors une idée folle : et si nous choisissions une autre entreprise ? Et si nous demandions à un autre acteur de supporter le risque lié à la connexion avec l’existant, qui n’est pas de sa conception ?

Aussitôt dit, aussitôt fait, et aussitôt payé !?

Il nous a fallu dénouer une couverture sur taux de change… hop, 1 M€ de perdus…

Mais avec plus de 2 M€ économisés, nous étions encore « large ».

S’en est suivi un parcours du combattant, à coups de visites de site, d’analyses des documents du client, d’expertises des pièces de rechange, de mesures tri-dimensionnelles des interfaces, sans compter la gestion normale d’un fournisseur :  commentaires sur les plans, retards, Force Majeure, …

Ce fut dur, compliqué, mais tellement moins coûteux que de partir de la version qui semblait la plus « raisonnable ». Nous ne saurons jamais si la vie eut été plus paisible, mais ce qui est certain, c’est que nous n’aurions pas pu illustrer cette opportunité dans un article.

Comment le projet s’est-il terminé ? Très bien. Grâce à d’autres opportunités, j’ai doublé sa marge.

Autre projet, autre exemple. Il s’agit d’un contrat de 100 M€ pour une infrastructure industrielle.

Un des équipements à fournir, en tant que contractant, consiste en une centaine d’armoires électriques. Les fonctionnalités de ces armoires sont diverses, pour le pilotage de l’installation, des différentes machines, leur protection…

Chaque armoire électrique est comme un grand meuble métallique contenant des composants électriques.

Or, l’un de ces composants, fourni par l’entreprise X, est à délai d’approvisionnement de 12 semaines à comparer aux 2 à 3 semaines pour les autres.

Une fois ces composants approvisionnés, il faut encore les intégrer dans les armoires (à fabriquer par ailleurs), tout ceci après une phase de conception et de validation par le client final.

Tout va bien, puisque ces délais sont pris en compte dans le projet et dans le planning initial. Aucune raison de s’inquiéter.

Or, il apparait que l’expédition de ces armoires, et donc leur facturation, interviendra en tout début du second semestre fiscal.

Nous avons alors identifié comme opportunité d’avancer l’expédition afin d’améliorer les indicateurs financiers du projet.

Quel est le gain pour le projet ? Un projet qui a de bons indicateurs financiers est un projet auquel la direction de l’entreprise accorde une attention modérée, ce qui nous donnait plus de latitude pour nous organiser sans supervision excessive ou micro-management.

Le chemin critique de la fourniture des armoires étant identifié (les fameux composants de X), la solution consiste alors à trouver un moyen de réduire les délais d’approvisionnement des composants incriminés. Or, d’autres fabricants savent fournir des produits similaires, du moins en termes de fonctionnalités, dans des délais plus raisonnables, à savoir 2 semaines.

Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? Tout simplement parce que mon bureau d’étude ne sait faire des plans qu’avec le composant d’X…

« On a toujours fait comme cela » est alors la rengaine qui sonne aux oreilles de tous.

Nous avons alors recherché un intérimaire pour nous transformer les plans avec les composants à délai long, par des composants d’un autre fournisseur Y.

Cet ingénieur a alors finalisé la conception, nous avons pu passer commande des composants, les avons intégrés dans les armoires, avons expédié et facturé, tout cela avant la fin du premier semestre fiscal. Le projet y a gagné, l’entreprise y a gagné, pour un coût quasiment nul.

Cet exemple nous montre bien qu’une opportunité doit être fortement anticipée et qu’elle n’est pas forcément un gain en temps ou argent.

Ah, si, un peu car qui dit facturation avancée, dit aussi paiement avancé !

Jean-Charles Savornin aide les chefs d'entreprises à développer leurs organisations pour délivrer au mieux les projets au travers de Projectence.

Auteur et bloggeur, Jean-Charles participe activement à la promotion de la gestion de projet et du contract management. Il est aussi professeur Affilié, ESCP Business School.


Photographie illustratrice de l'article : StockSnap